30 000 à 100 000 personnes à Bordeaux: «ce n’est même plus du raz le bol, c’est du désespoir»
MOBILISATION - Participation impressionnante à Bordeaux. La manifestation prévue à 10h30, au départ du Grand Théâtre, s’est ébranlée avec près d’un heure de retard, pour laisser le temps à tous de rejoindre la place de la Comédie envahie par la foule, avant que ne s’ébranle un cortège fleuve de 30 000 personnes selon la police, 100 000 selon les organisateurs, rassemblé derrière une grande banderole unitaire proclamant «la crise c’est eux, la solution c’est nous».
La défense du service public a donc rassemblé très largement. Jusqu’aux corporations habituellement les plus discrètes, qui s’étaient aujourd’hui mélées aux traditionnelles blouses blanches de l’hôpital, chercheurs, profs ou parents d’élèves très en colère. Ainsi la justice était ce matin elle aussi dans la rue. 200 personnes, magistrats, fonctionnaires et avocats. «Pour nous c’est énorme, c’est même du jamais vu», souligne le vice-président du syndicat de la magistrature Ollivier Joulin. Il faut dire que l’exaspération est palpable. «Entre les suppressions de moyens, les atteintes à l’indépendance, et les annonces de réformes qui visent à punir plus, à remplir les prisons, sauf pour les puissants qui bénéficient de la dépénalisation du droit des affaires, ça fait beaucoup», soupire le juge. «La brutalité est telle, que ce n’est même plus du raz le bol, c’est du désespoir. Nos conditions d’exercice sont épouvantables. Et on sait très bien que lorsqu’on casse le droit du travail, et qu’on ne laisse plus les magistrats l’appliquer, c’est qu’on est déjà entrés en régression».
Echarpes tricolores sur la poitrine, une poignée d’élus fait le même
constat. «La solidarité est en recul au profit du chacun pour soi,
pointe le maire communiste de Fargues en Gironde. On laisse les gens se
débrouiller, et le résultat est lamentable». Pour la lui, la gestion de
la tempête dans le Sud ouest en est le dernier exemple : «C’est dans
ces conditions dramatiques que le service publique a montré toute son
importance, mais surtout ses faiblesses. Personne n’a pu ignorer le
manque flagrant de moyens d’EDF. Dans les communes, il a fallu faire
avec les moyens du bord, du rafistolage. Aujourd’hui, nous voulons
pointer ces carences».
Dans le privé aussi, la mobilisation est forte, autant parmi les petites entrrpises que les grandes surfaces. «Celle-là, je ne pouvais pas passer à côté», pointe un manifestant peu habitué des rassemblements. «Tout le monde devrait être dans la rue ce matin», estime Jean-Pierre, un salarié de chez Lessieur. Sur le site de l’entreprise, la grève est extrêmement suivie, et la production est à l’arrêt. «Le but c’est de signifier notre mécontentement, parce que la vie est devenue très difficile, et qu’elle se durcit de plus en plus».
«On va travailler, mais on a le sentiment de ne rien avoir de notre côté, ajoute un ouvrier de Ford venu défiler parmi une centaine d’autres. Souvent dès le milieu du mois, il ne reste déjà plus rien. On ne peut plus s’en sortir seuls. On se sert la ceinture en permanence». Et les slogans reflètent parfaitement ce sentiment : «On a faim», clame une pancarte. «Des millions pour les banquiers qui nous ruinent, combien pour nous ?», interroge une autre. «De l’argent, il y en a, dans les caisses du patronat», scandent en cœur les manifestants.
Après un vaste circuit le long des quais, du cours Victor-Hugo jusqu’à la place de la Victoire, le rassemblement s’est terminé en début d’après-midi place de la République.
Laure Espieu
(Photos Nicolas Tucat / Made in France)


Un monde impressionnant. Le peuple défendant le bien public et le statut de salarié.
C'était beau et encourageant.
Rédigé par : El pueblo | 29/01/2009 à 15:17
On était 27000 à Pau, vivement la suite...
Rédigé par : JLa | 29/01/2009 à 15:21
Précision de fin de parcours : la fin du cortège (les enseignants etc.) a "démarré" , cours Clémenceau, après 13h, soit plus de 2h après le départ des autres, et en sens inverse, tant l'embouteillage était important dans le sens prévu ! Il est probable que le chiffre avancé ait été largement dépassé, et dépassé aussi celui des grosses manifs de 1995.
Rédigé par : Roumégous M. | 29/01/2009 à 16:25
Les politiques nous prennent pour des neuneus, alors qu'ils nous font faire des études, qu'on sait penser, qu'on lit des journaux, qu'on écoute parler des sociologues, des politologues, des économistes, des philosophes : alors quand on écoute un homme politique, il nous apparait comme un élève en difficulté qui parle en bois, qui n'a pas d' idées, qui ressassent les mêmes aneries qu'on lui a dit de dire; bref ils auraient vraiment besoin de soutien scolaire pour rattraper les intellectuels que nous écoutons et lisons.
Rédigé par : champ | 29/01/2009 à 16:56
27 ans, je cumule 4 emplois entre éducation et animation et j'arrive à peine à un SMIC... trop diplômée ou finalement pas le bon diplôme... conseillère en insertion professionnelle et finalement pas de poste ouvert à mon dîplôme... aujourd'hui fière d'avoir fait partie des 75000 manifestants à Bordeaux... Sarko, t'es pas Zorro, t'es plutôt un Blairo... et pour la conso t'es zéro... des rimes en O qui retentissent encore dans ma tête...
Rédigé par : GREGOIRE Morgane | 29/01/2009 à 17:02
60 000???? pour une fois, même la CGT sous-estime...j'étais à la plus grosse manif de 1995, et tout le monde s'accordait alors pour parler de 80 000 personnes... aujourd'hui, j'y étais aussi, et je peux vous dire que c'était encore plus énorme!!!! j'étais en queue de manif, cours Clémenceau et deux heures après le départ (vers 12h45) nous n'avions toujours pas démarré!! c'est alors qu'on nous a demandé de partir... dans l'autre sens!! Résultat: après 200 mètres nous rejoignions le début de la manif qui arrivait dans l'autre sens, place Gambetta!! Donc, un cordon ininterrompu de manifestants, bien serrés, sur 20m de large, allant de Gambetta, cours Clémenceau, allées de Tourny, rue esprit des lois, les quais, V. Hugo, cours Pasteur, Victoire, cours A. Briand, cours d'Albret pour finir de nouveau à Gambetta!!!!!!
60 000 personnes, faites-moi rire!
Rédigé par : thee greg | 29/01/2009 à 17:49
j'étais à la manif de BORDEAUX POUR DEFENDRE
LA CONVENTION 66 DES SALARIES DU SECTEUR MEDICO-SOCIAL éducateur,psy,rééducateur etc...
Nous étions trés nombreux aujoud'hui. malheureusement on ne parle pas de nous, alors que notre convention risque fort d'être supprimée et que nous représentons plusieurs milliers de salariés sur le territoire. Travaillant au sein d'association privée à but non lucratif.
Si notre convention tombe, nos conditions de travail et salaire se verront sérieusement revues à la baisse! si vous pouviez en parler un peu? merci
Rédigé par : raud patrick | 29/01/2009 à 18:14
OUI 100 000 personnes --
à la croisée de la queue du cortège reparti en sens inverse et de la tête " place Gambetta " - sarkozi en chiffon a été brulé - à l'emplacement même ou était érigée la guillotine sous louis 16 - je serais lui je prendrais mon dauphin blond, mes femmes, les 500 000 euros de bijoux de la couronne disparus de la reine répudiée et je fuirais en Hongrie - mais je ne suis pas lui ouf quelle horreur - rien que d'y penser !!!
Rédigé par : Philippe Vinsonneau | 29/01/2009 à 23:40
??? MAIS ELLE N'EST PAS D'AUJOURD'HUI CETTE PHOTO ....
il ne pleuvait pas et les personnes sur la photo étaient sur la portion clémenceau gambetta !!!! tricheur !!! lol
Rédigé par : Philippe Vinsonneau | 30/01/2009 à 00:37
Une manifestation historique !
Il y avait plus de monde que contre le CPE, et ces manifs-là étaient les plus grandes qu'avait connu Bordeaux de puis la libération. Record battu !
Une impressionnante participation du privé avec des enseignes étonnantes : Santé Navale, Château Margaux, des banques, des magasins de bricolage. Bref, des gens qui ne descendent pas dans la rue habituellement.
Un instant, Bordeaux s'est rappelée que pour triompher, la Gauche doit être unie. En espérant que cela s'inscrive dans la durée (encore trois ans à tenir!)
Rédigé par : John Blob | 30/01/2009 à 11:21
Même en cas de révolution, il est interdit de marcher sur les pelouses !
;-)
Rédigé par : dsh | 30/01/2009 à 13:18
L'école Santé Navale a été privatisée ?
Certains ont trop trainé avec les manifestants du Château Margaux qui avaient sans doute apportés des coups à boire ?
Château Margaux, vraiment ?
Rédigé par : dsh | 30/01/2009 à 13:56
Pour mieux nous endormir le soir, remémorons-nous les fins de Louis XVI, Pétain et Ceucescu.
Rédigé par : Interdiction de travailler | 31/01/2009 à 09:52