Bordeaux 3 «prise entre deux irresponsabilités»
UNIVERSITE - Il y a au moins un mot qui semble faire l’unanimité : «le mépris». Pro et anti blocage, étudiants et enseignants, mitigés, fatalistes ou militants tous s’accordent sur ce sentiment. Celui d’un gouvernement qui ne leur renverrait que dédain et ignorance. «Ce sont nos ministres qui se sont lancés là-dedans. C’est eux qui répètent qu’on ne sert à rien», pointe cet enseignant chercheur en Histoire de l’art, de passage sur le campus de Bordeaux 3 pour corriger les dossiers laissés par quelques étudiants sur le bureau virtuel. Là-dessus, tout le monde est d’accord. Mais au-delà du constat, restent les conclusions que chacun en tire. C’est bien là que l’affaire se complique. Plus le mouvement contre la réforme de l’université avance et plus les avis divergent et se multiplient. Jusqu’à ceux qui n’ont d’ailleurs plus d’avis du tout, qui se sentent juste «épuisés», et ne savent plus de quel côté pourrait émerger une solution.
Sur le parvis de l’université, le soleil tape fort. Epaules nues, en robes légères, les rares étudiantes laisseraient presque croire à une fin d’année paisible. Selon le calendrier initial, les examens devraient être en train de s’achever. En face, de l’autre côté de la ligne de tramway, la fac de droit boucle justement sa session. Sauf que de ce côté-ci, le semestre est en suspens depuis le 2 février. Pas de cours, pas de notes, et aucune perspective pour sortir de la crise. La tension est montée d’un cran, lundi, lorsque l’assemblée générale a rejeté pour 70 voix d’écart la reprise des cours annoncée par la présidence. Présenté comme le scénario de «la dernière chance», le plan prévoyait le rattrapage des enseignements en cinq semaines, puis la tenue des examens à partir du 8 juin. Depuis, la situation s’enlise. Patrice Brun, le président de l’université brandit la menace d’une fermeture administrative. Les réunions de négociation se succèdent, et une nouvelle AG, ainsi qu’un conseil d’administration, sont prévus aujourd’hui.
Devant le Simply Market, des mains anonymes ont scotché deux affichettes angoissées : «dernière chance de débloquer la fac !!», alertent-elles, «Ne nous sacrifions pas !! Venez nombreux pour voter». Car, jusqu’à présent, les anti-blocage se sont montrés particulièrement discrets. «Au début, on a eu le sentiment d’un mouvement fort et uni, qui partait vers quelque chose de concret. Mais au bout de trois mois, c’est allé beaucoup trop loin», estime Justine, en troisième année d’Espagnol. Deux réalités s’opposent désormais. Celle des pragmatiques qui considèrent que le combat est d’ores et déjà perdu, et qu’il faut sauver ce qui peut l’être en pénalisant le moins possible les étudiants. Et celle des radicaux, qui n’envisagent pas de renoncer à une lutte qui, sur le fond, a l’approbation de la majorité. Ils réclament maintenant la banalisation du second semestre, c’est-à-dire la validation de l’année sur la base des examens précédents. Dialogue de sourds.
-«Le rectorat ne validera jamais une année sur la base d’un semestre», insiste le prof d’Histoire de l’art qui vient de croiser une de ses élèves.
-«Oui mais il ne fera pas non plus redoubler 15.000 étudiants», rétorque la jeune fille.
-«On ne peut pas jouer à ce jeu-là, c’est complètement dévaloriser l’université», s’indigne le prof.
-«De toute façon, avec trois semaines de cours, vous pensez qu’il vaudra quelque chose, notre diplôme?», interroge-t-elle.
-«Cette situation fait le jeu du gouvernement…».
-«Oui, mais reprendre les cours aussi».
Désabusé, Patrice Brun, le président, se sent «pris dans un étau entre deux irresponsabilités». «Il n’y a aucun espoir du côté de la ministre. Et que du désespoir du côté des étudiants», regrette-t-il. Vivien, du comité de mobilisation, suit clairement cette logique, qu’il conçoit comme «une guerre totale». «Cette année, on a la possibilité d’aller jusqu’au bout. On est face à un vrai choix de société. On fait notre boulot de citoyens, on essaye de prendre en main notre destin, et on remettra ça en septembre s’il le faut».
Ce sera probablement sans Justine. «Je n’ai pas envie de retourner à la fac de Bordeaux en sachant que l’année prochaine ce sera la même chose». Pour elle, le constat est déjà fait : «J’ai perdu mon année. Je ne vois pas de solution, on n’aura pas le temps de rattraper les cours. Mon alternative, c’est de partir à l’étranger». D’autres envisagent de changer de ville à la rentrée. Beaucoup ont commencé à rendre leurs appartements, lassés de payer pour rien, ou préférant assurer les petits boulots sur lesquels ils s’étaient engagés dès le mois de mai. Même en imaginant une reprise des cours, seule une minorité risque d’être concernée. Dans le cas contraire, la présidence s’est donné jusqu’au 11 mai. Ensuite, elle fermera l’université.
Laure Espieu


Et Bordeaux II (Sciences Humaines)? Toujours bloquée aussi, et jamais un mot ni une info dans la presse..
Rédigé par : AVill | 07/05/2009 à 09:06
Personne n'a a assister a une AG: improvisée, sans pouvoirs executifs definies par une charte ou constitution, bref completement illegitime! Y aller c'est ceder a la dictature.
Rédigé par : phlogiston | 07/05/2009 à 14:43
On va finir par regretter que le classement de Shangai ne prenne pas en compte le ridicule, ce qui nous ferait assurément remonter aux premières places en un rien de temps.
Rédigé par : thierry moreau | 07/05/2009 à 15:14
Voila un mail que nous avons recu hier soir ! Je le copie colle ici, car je suis d'accord en tout point avec lui !!
Étudiants, étudiantes, l’heure est grave.
Cela fait à présent des mois entiers que l’université est bloquée, aux mains d’une petite bande d’apprentis dictateurs qui entendent nous imposer leur Diktat impunément.
Cela n’a que trop duré ! Nous sommes des milliers à être pris en otage par ces agitateurs ultra politisés qui ne sont que quelques dizaines, est-ce tolérable ?
Force est de constater que l’administration n’est pas à la hauteur, puisqu’elle ne peut que subir les caprices de ces gauchistes, elle est incapable de se faire entendre, malgré les appels à la reprise des cours et les divers ultimatums du Président de l’université.
Ces mêmes preneurs d’otages nous brandissent d’éventuelles conséquences futures, tel un épouvantail, dans le but de nous effrayer et de nous faire suivre le mouvement… Pour l’instant, nous sommes obligés de constater que ce sont EUX qui menacent notre année et nos diplômes, bien plus surement que cette réforme !
Qui est ce qui commande? L’administration et le CEVU ou une poignée de fachistes intolérants qui impose leurs vues aux autres ?
Combien de fois la reprise des cours va-t-elle être encore reportée ? Pour quels résultats ? Nous l’avons bien vu le 4 mai : AUCUN !
De plus, l’université est un lieu d’apprentissage, et non pas un terrain de jeu pour les extrémistes politiques qui ne sont d’ailleurs même pas de la faculté bien souvent !
Sans oublier que ces sauvages détruisent et détériorent le mobilier et les locaux qu’ils occupent illégalement, et qui paye les réparations ? Vous et moi avec les frais d’inscriptions qui augmentent d’année en année ! Il suffit de se rappeler de l’état des salles l’an dernier à la suite du blocage contre la loi LRU pour s’en convaincre. Un blocage qui lui aussi, n’a servi à rien !
Ensuite, beaucoup d’entre nous ont peu de moyens pour vivre, et doivent travailler notamment l’été pour financer leurs études. Grace à ces fauteurs de troubles, des mois entiers de travail potentiels sont perdus, comment va-t-on joindre les deux bouts l’an prochain? En faisant la manche nous aussi ? Les bloqueurs prétendent se mobiliser pour défendre nos moyens, c’est de l’hypocrisie ! C’est à cause d’eux que l’argent va manquer rapidement à nombre d’entre nous, à cause de leurs actions et de leurs opérations commandos illégales. Si l’université ne leur plait pas, ils n’ont qu’à déguerpir, personne ne les retient. Ils se prétendent légitimes et représentatifs des élèves, mais personne ne les a désigné comme tels.
Que doivent faire les étudiants qui ne veulent pas voir leur année perdue et détruite à jamais ? C’est simple ! Se mobiliser tous ensemble contre les apprentis dictateurs, faire pression sur l’administration, demander l’intervention des CRS, signer des pétitions, avertir les médias de notre opposition, demander le remboursement des frais d’inscription puisque les cours n’ont même pas étés délivrés en totalité, engager des actions en justice, collectives et individuelles, contre ceux qui empêchent le bon déroulement des examens !
Pour sauver notre année et RÉCUPÉRER NOTRE UNIVERSITÉ, une seule solution : LEUR BOTTER LE CUL MAINTENANT UNE BONNE FOIS POUR TOUTE !
MOBILISONS NOUS MAINTENANT TOUS ENSEMBLE !
Rationnellement vôtre,
Un étudiant qui n’est pas décidé à se laisser marcher dessus.
Rédigé par : Etudiant | 07/05/2009 à 15:59
Céder au gouvernement, c'est aller vers une destruction de l'université bien pire que les quelques mois "perdus" cette année. Je vis en Italie, et je vois la catastrophe : quatre fois un mois de cours seulement sur l'année, et des étudiants qui ont leur licence à 25 ans car ils sont obligés de travailler plus qu'ils n'étudient, pour payer les frais d'inscription (de 800 à 5000 €). Et pensons à la belle fac de Cambridge, qui pour se financer se retrouve à placer ses fonds dans des groupes d'armement, car leur actions sont rentables... A nous de choisir quelle université on veut.
Rédigé par : Cayin | 07/05/2009 à 16:21
Pas de doute: les étudiants étrangers seront convaincus de l'excellence de l'université à la française vue par SUD et l'UEC. Mais au fait, quel était l'objectif du mouvement au juste? A empiler les revendications en rêvant d'une convergence des luttes qui n'existe pas, la seule victoire possible maintenant est de saboter le trimestre. Qui sera vaincu? NS et Pécresse? Il reste deux à trois jours pour toucher terre...
Rédigé par : ricardo | 07/05/2009 à 17:25
je pense qu'il faut arreter de dire que les AG on voté ceci ou cela avec tant de voix d'écart, surtout quand on ose dire qu'il y en a eu 70. je n'ai pas l'impression que les journalistes y vont et tentent de les vivre, alors que leur objectivité sur leur déroulement serait la bienvenue. on aimerait parfois entendre ceux qui en ont réellement marre de ces blocages, l'habituelle majorité silencieuse...
Rédigé par : pragmatique | 07/05/2009 à 18:32
je rappelle à nos pseudo-légalistes en herbe (phlogiston) que le Royaume Uni n'a pas de constitution écrite...
Le caractère démocratique ou non d'une assemblée ne se définit pas par un bout de papier mais par des codes admis par tous (même tacitement, cf royaume uni) et l'existence d'un espace de débat public. Choses ne nécessitant pas de bout de papier formaliste pour exister.
Rédigé par : Gwendal | 07/05/2009 à 19:01
Memes délires et memes blocages imposés par une minorité organisée à Toulouse 2 (université de Lettres, Langues et SHS aussi). Les Justine sont de toute évidence majoritaires, mais muettes.
Quel gachis ! Le plus triste, après l'avenir universitaire des étudiants les plus fragiles fichu en l'air, est de voir une minorité significative de profs, notamment parmi les plus... disons trsditionnels, perdre les pédales et plonger dans le jusqu'auboutisme, la tete sous l'aile.
Quand Bayrou parle de "décomposition", il exagère à peine. Et personne en haut lieu pour trouver au moins les mots justes, et rendre un minimum de confiance en l'avenir. Trop occupés à se friter (en paroles) avec les commandos de bloqueurs. Pécresse pourrait peut-etre. Mais il y a son propre avenir politique + Sarko + Darcos. Cela fait beaucoup.
Rédigé par : haltla | 07/05/2009 à 22:49
En effet, Justine : si nous cédons maintenant, sans n'avoir pratiquement RIEN obtenu, c'est sûr, "l'année prochaine ce sera la même chose". La ministre se sera envolée, elle, vers d'autres cieux politiques, et s'en moque donc éperdûment...
A.Nonimo
Rédigé par : A.Nonimo | 08/05/2009 à 09:11
Etudiants de Bordeaux III, ne vous sacrifiez pas sur l'autel de l'autisme gouvernemental! Ce combat ne doit pas tourner au gâchis... étudiants étrangers sans ects, boursiers sur critères sociaux (redoublement = ?), dévalorisation de l'image de l'université au profit des Écoles privées et de commerce, ou prépas...
Tout de même, un mystère : ou sont passés, depuis 13 semaines, ces 15 000 étudiants de l'u Bordeaux III. Mais ou est donc cette foutue majorité silencieuse si elle tient tant à son diplôme?!
Rédigé par : Lopi | 08/05/2009 à 12:15
Ce mouvement est une contestation à la politique gouvernementale et à l'attitude du gouvernement. Aucun étudiant n'a souhaité cette situation y compris les bloqueurs. Actuellement le mouvement crée une fracture sociale qui n'est plus dans la demi mesure; soit on soutien la politique de l'UMP soit on s'y oppose. Soit on tente de sauver une démocratie soit on cède à la dictature.
Il faut sauvegarder l'obtention des diplômes et le passage dans l'année supérieure malgré la situation désolante de ce semestre. La proposition de compromis qui a été faite à Bordeaux3 est intéressante car elle permettra cette sauvegarde tout en continant à afficher une protestation. On est d'accord qu'en terme de savoir le semestre est perdu; et ce n'est pas une reprise de cours ordinaire que permettra de compenser. Toutefois il est maintenant urgent que la reprise de contact avec les enseignants se fasse pour envisager les modes d'évaluation. Il est vrai que cette motion laisse en suspend les dates d'évaluations mais ce n'est pas le plus important . Ce qui compte c'est cette reprise de contact et des décisions sur le mode d'évaluation.
Rédigé par : isabelle | 09/05/2009 à 10:43
Cela me désole que l'on puisse jouer avec le diplôme des autres même pour la bonne cause. je suis en 3 eme année LEA et je n'avais que le PREMIER semestre à repasser.
que vous le vouliez ou non les frais de scolarité augmenteront chaque année car chaque année des étudiants potentiels ne s'y inscriront plus.
les universités des lettres, langues, histoire, géo, cinéma, arts plastiques font grèves car ce sont des filières qui n'ont pratiquement pas de débouchés.
j'ai envie de dire "Continuez à montrer aux chefs d'entreprises que ces filières ne valent réellement plus rien en vous acharnant de la sorte dans les grèves et les blocages". Les vrais vainqueurs sont en fait les fac de droit et de médecine où les diplômes valent vraiment quelque chose sur le marché du travail!
Rédigé par : audrey | 12/05/2009 à 00:48