Luc Chatel en tournée de déminage dans les lycées
EDUCATION - Alors que les premières manifestations contre le projet de réforme des lycées commencent à s’organiser, le ministre de l’Education Nationale, Luc Chatel poursuit son tour de France des régions pour faire de la pédagogie et tenter de déminer le terrain. A Bordeaux, la rencontre avec les lycéens et les enseignants était organisée au lycée Gustave Eiffel, hier après-midi. Un établissement qui n’a évidemment pas été choisi au hasard. C’est l’un des meilleurs lycées du centre-ville avec un taux de réussite au bac affiché de 94 %. La presse était conviée à 14 h 15 pour suivre la visite ministérielle mais à l’heure dite, Luc Chatel est déjà en réunion avec les enseignants. Un échange «huis-clos» nous explique-t-on. Il faut donc patienter une petite demi-heure pour le voir, dans la salle prévue pour le débat avec les lycéens.
Une trentaine de lycéens sont bien sagement installés autour des tables disposées en U. Ils se serrent un peu car la pièce est un peu exigüe. Les premières questions arrivent timidement sur des points de la réforme. «Comment vont s’organiser les heures de soutien personnalisée ? A quoi vont servir les carnets de compétences ?» Le ministre répond avec assurance. Au bout d’une semaine, il commence à maîtriser son sujet. Les premières questions embarrassantes arrivent au bout d’une vingtaine de minutes. Mais il faut faire vite, Luc Chatel n’a plus beaucoup de temps pour répondre, il doit repartir. «Non rassure t-il , les suppressions de postes ne vont pas pénaliser les élèves notamment pour l’enseignement des langues, au contraire, ils seront répartis en petits groupes de niveau. Oui, des moyens conséquents sont alloués à cette réforme.» Top, la discussion est terminée.
Le ministre doit maintenant répondre aux questions des journalistes. Le point presse est organisé au milieu de la cour en pleine récréation sous les yeux ahuris des élèves. Luc Chatel répète les fondamentaux de son discours. La réforme n’est pas faite «pour faire des économies. Elle se fera à moyens constants avec un taux d’encadrement constant.» Interrogé sur les premières manifestations de lycéens mécontents, il botte en touche en affirmant qu’il «a participé à une réunion très constructive» avec les lycéens. Content de lui, le ministre va poursuivre son tour de France pédagogique. Pas sûr qu’il convainque tout le monde. En marge de la réunion, un enseignant reconnaît «des ambitions très louables à cette réforme mais sans aucun moyen supplémentaire» difficile de la mettre en place.
Stéphanie Lacaze



Les termes "à moyens constants" et "avec un taux d'encadrement constant" ne peuvent correspondre à aucune situation. Ni à la pire qui consiste à ne pas remplacer un poste de deux enseignants partant à la retraite ni en terme d'encadrement des groupes de langues.
C'est aux citoyens de décrypter le message maintenant. Apparemment, les parents les plus exigeants l'ont déjà fait. Comment les autres les liront-ils ? C'est tout l'enjeu d'une éducation très forte à la politique et au langage.
Rédigé par : Pierre SCHWANDER | 23/10/2009 à 08:07
Sic: "La réforme n’est pas faite «pour faire des économies. Elle se fera à moyens constants avec un taux d’encadrement constant.»"
Voila bien un discours pas trop difficile à tenir pour dire une part de vérité tout en occultant l'autre part.
En tant qu'"enseignant tout nouvellement réformé " de l'enseignement professionnel qui s'est vu amputé de la filière BEP sur deux ans et la transformation du BAC PRO en trois ans, je puis signaler à toutes fins utiles que dans notre discipline d'Arts Appliqués (entre autres) nous nous sommes retrouvés à la rentrée 2009 avec 1H/semaine d'enseignement au lieu des 2H/semaine tel que cela était proposé en BAC PRO avant la réforme. Alors en effet il y a toujours des profs derrière les élèves, à leur charge de doubler leurs effectifs et bien évidemment leur travail de préparation et de correction, et même plus car l'enseignement qui leur est demandé de pratiquer est lui aussi réformé, avec une pédagogie de projets on ne peut plus ambitieuse et séduisante mais, vous l'avez déjà compris, totalement inapplicable dans le contexte temporel et d'effectifs ainsi alloués (proposition de dédoublement en heures supplémentaires, ça, c'est encore plus vilain ! Et dans vilain il y a vil). C'est ce que l'on peut appeler un enseignement surréaliste on ne peut plus tristement réaliste.
Alors méfiez-vous de ces visites charmeuses de notre ministre qui, dès que l'aspect séduisant de la réforme a été mis en avant tel le plus beau coucher de soleil de carte postale que la terre ait offert à nos yeux éblouis, se dérobe fort diligemment quand les questions plus pertinentes du terrain commencent à fuser.
Rédigé par : bernique | 23/10/2009 à 10:11
Ces gens osent tout !
N'est-ce pas leur slogan est : Tout est possible ?
Rédigé par : Allain Jules | 23/10/2009 à 14:23