"Et puis soudain le requin est venue ouvrir la gueule et s’est laissé caresser pendant plusieurs minutes"
En quoi consiste l'expédition qui s'annonce?
Il s’agit d’une mission internationale de protection du grand requin blanc en Australie, sur les îles Neptune, qui durera jusqu’au 23 janvier 2010. Je rejoins une équipe australienne de 14 personnes, dirigée par Rodney Fox, qui travaille sur un programme de recherche destiné à marquer les requins blancs pour étudier leurs déplacements, leurs mœurs mais surtout pour tenter d’évaluer le nombre de requins blancs qui vivent au large de l’Australie du Sud. Nous les équipons d’un émetteur satellite et sonique, un appareil destiné à être posé sur l’aileron dorsal des requins à l’aide d’une lance. Une fois équipé de ce matériel, le requin est nommé et enregistré dans un fichier avec sa fiche signalétique. L’Australie a installé le long de ses côtes des stations qui permettent, à chaque fois qu’un requin marqué de cet émetteur passe à proximité, de le localiser et ainsi de le répertorier. A ce jour, plus de 1000 stations ont ainsi été implantées en Australie. C’est aussi un excellent moyen de lutter contre le braconnage, puisqu’un requin marqué devient un danger pour les braconniers qui peuvent être repérés immédiatement par les gardes côtes australiens.Quelles menaces peuvent bien peser sur un super-prédateur tel que le requin blanc?
C’est sans nul doute l’une des plus fantastiques créatures des océans, capable de susciter à la fois terreur et fascination. Le grand requin blanc est aujourd’hui en sursis. On le chasse à outrance pour sa mâchoire, ses dents, son cartilage ou sa peau. Entre la pêche industrielle excessive, la pollution qui ne cesse de croître, et les filets de protection installés sur les plages à hauts risques d’Afrique du Sud, d’Australie, les menaces qui pèsent aujourd’hui sur les requins sont réelles et sérieuses. Au point que le Groupe de Spécialistes des Requins tout comme le Centre de Coopération de la Méditerrannée ont conclu dans leur dernière étude que le requin était en grave déclin. Globalement, on estime que la population aurait diminué de plus de 50%. Chaque année, toutes espèces de squales confondues, 100 millions de requins sont massacrés aux quatre coins de la planète soit 274 000 requins par jour. En Australie, là où la population du grand requin blanc est suivie, 79% de ces animaux ont disparu en 10 ans.
Quels ont été vos premiers contacts avec cet animal?En tant que photographe, réalisateur et moniteur de plongée sous-marine, j’ai eu la chance de participer, depuis 1988, à de nombreuses expéditions consacrées aux requins. Mais c’est en 1990 que j’ai réalisé mon rêve, celui d’approcher le super prédateur, le grand requin blanc en Afrique du Sud. Puis en 1999, j’ai rejoint l’équipe australienne. Depuis plus de 10 années passées à plonger avec les grands requins blancs australiens, mes souvenirs avec ces animaux sont nombreux. Mais si je devais n’en retenir qu’un, ce serait probablement une plongée extraordinaire réalisée en compagnie de Carl Roessler, un photographe américain travaillant pour le National Geographic et avec qui j’ai partagé des centaines d’heures de plongée sur cet animal depuis 1999. Ce jour-là, la météo était très mauvaise, nous venions d’affronter une terrible tempête au large de l’Australie et plus de la moitié de l’équipe était malade. Pourtant, un énorme requin estimé à plus de 5 mètres ne cessait de tourner autour de notre navire. Nous avons décidé avec Carl de nous mettre à l’eau dans la cage de surface. Ce grand requin était une femelle qui pendant plus d’une heure nous a gratifié d’un véritable show fait de proximité, douceur et intérêt pour ces deux plongeurs perdus dans leur cage au milieu d’une mer démontée. Et puis, soudain, la femelle s’est retournée et est venue ouvrir la gueule face à nous mais, étrangement, sans le moindre soupçon d’agressivité. Et là, le moment est devenu magique quand, dans la même position et sans bouger, ce requin s’est laissé caresser sous la gueule pendant plusieurs minutes. On était si loin de cet animal si souvent présenté comme un monstre sanguinaire assoiffé de sang et de chair humaine.
Comment gérez-vous votre sécurité?Plonger avec le grand blanc est une aventure à part entière. Chaque plongée est différente d’autant plus que nous sommes les seuls à travers le monde à utiliser une cage de profondeur. Cette cage anti-requins est spécialement équipée pour nous permettre d’être descendus par un treuil. Elle est ensuite déposée sur le fond, à une profondeur variant de 10 à 30 mètres, pour nous permettre de photographier et de filmer les grands requins blancs dans leur habitat naturel. C’est aussi dans cette configuration que, quelques fois et en fonction de la visibilité et de l’attitude des grands blancs, nous décidons d’ouvrir la cage pour nous retrouver au plus près de cet animal . Je peux ainsi réaliser mes photos sans élément parasite comme les barreaux de la cage. Pour cela, un de mes coéquipiers me retient par la robinetterie de ma bouteille et devient mes yeux le temps des prises de vues. S’il pense que la distance devient trop faible, que l’attitude du grand blanc devient menaçante ou, comme cela nous est arrivé en juin dernier, que plusieurs autres requins blancs se rapprochent, il peut ainsi me tirer en arrière pour me permettre de rejoindre la cage de sécurité. Mais quelques fois, le danger ne vient pas des requins mais de nos propres techniques, comme par exemple lors d’une plongée avec les requins blancs au cours de laquelle nous avons eu une panne de treuil alors que nous nous trouvions à 27 mètres de profondeur, entourés de quatre grands requins blancs. Au moment où nous avions décidé de remonter et que nous avions effectué le signal, il ne se passa rien. Ce n’est qu’au bout de plus de 20 minutes supplémentaires alors que nous étions passés tous les trois sur les blocs de secours dont est équipée la cage et que l’équipe de sécurité nous avait fait descendre des blocs de plongée supplémentaires, que le treuil a pu être réparé et que nous avons pu amorcer notre lente et longue remontée vers la surface.
Quel est le rôle de votre association?En juin 2003, j’ai créé l'association française SOS Grand Blanc, relais en France de la Fondation Rodney Fox. Nous travaillons en étroite collaboration avec nos amis australiens sur ce long et coûteux programme de marquage. Nous participons en particulier au financement des émetteurs qui sont posés sur les animaux. Nous en apportons trois sur ce voyage. Et cette année, une école girondine (l’école Flora-Tristan de Martignas sur Jalle) a décidé de nous aider en nous en offrant un quatrième. Les enfants deviendront ainsi officiellement les parrains d’un grand requin blanc. Ils pourront aussi, durant l’expédition, suivre cette aventure grâce aux liaisons internet durant lesquelles ils pourront m’interroger sur le déroulement de l’expédition. C’est une manière de faire de la sensibilisation, et d’aider à mieux connaître les espèces que nous protégeons.
Laure Espieu

Heuuu... c'est carrément bizarre cette passion... du grand déchiqueteur blanc !!! Ca me fait penser à : "sauver El-Quaïda et les gentils terroristes..." C'est marrant non, ce rapprochement... et cette manie de vouloir se faire bouffer tout cru ???...
C'est du sado-masochisme ou ca y ressemble...
Question : Que vois le requin blanc qui nous regarde ??...A) un gros steak...B) un gros steak gentil...C) un gros steak complétement con ?!!!
Rédigé par : yaguar | 08/01/2010 à 11:18
Un bel article pour le roi des requins carnivores, le seul animal qui fait mettre l'homme en cage pour l'observer et non l'inverse.
Rédigé par : BreAKeR | 08/01/2010 à 13:17
Merci beaucoup pour cet article.
Rédigé par : ZoOo | 08/01/2010 à 13:31
Dans le même ordre d'idée, une pétition de Shark Alliance est ouverte en ce moment:
http://www.europeansharkweek.de/petition09/default.asp?page=sign&lang=2
Rédigé par : chab | 08/01/2010 à 20:25
"Caresser les requins"?
Faudrait peut-être arrêter un peu les conneries!
Rédigé par : Jacques Bolo | 09/01/2010 à 13:20
du sado masochisme !? surement pas ! c 'est la peur de l inconnu ou la peur de l image que nous avons reçu.Il n 'y a rien de plus important que la recherche de la connaissance. Et comment protéger cette magnifique création si nous n ' apprenons pas à la connaitre en prenant contact, en la touchant... malgre la crainte, l'envie de les approcher rete la plus forte.
Je soutiens tout a fait ces differentes associations de protection de requins et tant d autres "nuisibles" qui en fait ont tous un role dans notre existence...
Merci à vous de nous transmettre vos connaissances et experiences
Rédigé par : nat | 11/01/2010 à 15:20
La réaction de yaguar est étonnante ... comparer un comportement humain a un comportement animal.
1) les requins ont autres choses a faire de que de manger les humains (3 ou 4 par ans ), les accidents ca arrive.
2) si on compare le nombre de requins tué par les humains et le nombre d'humain tué pour par les requins .... qui est le grand déchiqueteur (surtout que le requin fait ca pour se nourrir et que l'humain fait ca pour le fun)
3) il faudrait aussi savoir pourquoi le requin est un prédateur, la nature ne fait rien sans intérêt
Rédigé par : mancini | 18/01/2010 à 14:17