En Aquitaine, le droit d’inventaire
REACTIONS - Ils ont été pris par surprise. L’ampleur de la chute nationale est d’autant plus rude qu’elle n’était pas prévue. Ici, en Aquitaine, c’était normal de perdre. La région est très ancrée à gauche, le président sortant (PS), Alain Rousset, bénéficie d’un bon bilan et d’un réseau solide. Personne à droite ne semble avoir vraiment cru en la victoire de Xavier Darcos. «On se doutait depuis quelque temps que ça serait difficile, que la défaite serait lourde, reconnaît Nicolas Florian, son porte-parole et co-listier durant la campagne. Mais c’est son étendue au niveau national qui choque un peu». Encore groggy, il essaye de comprendre : «On n’a pas vu le coup venir». Certes, les équipes en campagne avaient bien senti que «les gens grognaient», que les militants étaient de plus en plus «fâchés de l’ouverture»… Mais de là à prédire qu’ils se détourneraient aussi massivement des urnes… «Il est certain qu’une grande partie de notre électorat n’est pas allé voter», analyse Marie-Hélène des Esgaulx, sénateur-maire de Gujan-Mestras, fameux village ostréicole du bassin d’Arcachon. Pour preuve, au-delà des 28 points d’écart enregistrés avec la liste socialiste (28% pour l’UMP, contre 56% à Alain Rousset), Xavier Darcos est distancé jusque dans son port d’attache : La Teste de Buch, coquette commune de droite, au pied de la dune du Pyla, où il vote et possède une maison familiale, a offert dimanche 400 voix de bonus à son adversaire socialiste.
Désormais, donc, les langues se délient. De l’échec cuisant du candidat ministre, personne ne s’indigne. D’autant qu’il a été débarqué hier du gouvernement, décision jugée «profondément injuste», par son ancien porte-parole. Mais sur Nicolas Sarkozy, les propos se font plus acérés. «Avec un président de la République qui est en première ligne, il y a forcément beaucoup d’attentes, réagit Nicolas Floriant. Les gens sont inquiets. Avec toutes les réformes mises en œuvre, ils veulent des résultats». «Les citoyens ne comprennent pas très bien, ils ont du mal à s’y retrouver pour savoir qui fait quoi», appuie Jean-Pierre Baille, maire d’une commune rurale du Sud Gironde. Il raconte que dès hier matin, les téléphones ont commencé à sonner, d’un élu à l’autre, pour commenter, disséquer les résultats. Selon lui, l’échec doit désormais faire l’objet d’une «réflexion collective», afin que «dans la diversité», l’UMP puisse en tirer les enseignements.
D’autres prennent moins de pincettes. Sur son blog, le maire de Sauveterre de Guyenne et conseiller général Yves d’Amécourt, postait dès hier un billet intitulé «Elections régionales : les 3 erreurs de Nicolas Sarkozy». Il y détaille sans ambages les lacunes du chef de l’Etat, et pointe notamment l’ambiguïté des rôles, à la fois à l’Elysée et à la tête d’une UMP sans berger. «Les choses se compliquent lorsque le Président «de fait» de l’UMP commence à nommer des Ministres qu’il choisit dans le camp adverse, écrit-il. Xavier Darcos apprendra en pleine campagne des régionales que M Cahuzac, le Maire PS de Villeneuve-sur-Lot, soutien d’Alain Rousset, prend la présidence de la commission des finances à l’Assemblée Nationale !»
La sénatrice Marie-Hélène Des Esgaulx parle «d’une crise démocratique et d’une crise politique qui doit nous interpeller absolument tous». Soutien de la première heure du président, elle estime pourtant qu’il faut «plus de clarté». «Il manque une hiérarchisation, car beaucoup de grands dossiers ont été ouverts. Il y a tellement de choses soulevées que les gens sont un peu perdus». Alexandra Siarri, numéro deux de la liste Darcos, et novice en politique, voit dans l’abstention la marque d’un «divorce entre élus et citoyens». «Ca me conforte dans l’envie de faire de la politique, annonce-t-elle. Il faut de plus en plus de gens qui ont travaillé avant de se faire élire. Maintenant il faut qu’on écoute le quotidien des citoyens, et qu’on cale nos réponses sur du vécu».
Laure Espieu


Dans un pays si friand de guerres civiles (Armagnacs/bourguignons, guerres de religion, fronde, révolutions de 89,30,48 et Commune, période enfin de l'État Français) comment espérer qu'une politique d'ouverture faisant appel à l'opposant - il a peu encore baptisé par icelui "ennemi de classe" - puisse être comprise et admise? On appartient exclusivement à un camp, droite ou gauche. Certains esprits taquins ou moins binaires objecteront, et le Centre? Cherchez au centre, vous trouverez peut être!
Ah j'oubliais, je suis injuste, il y a eu la période de 'l'Union Sacrée". Mais à tout prendre, qu'elle demeure un hapax!
Notre démocratie a besoin de grandir et d'admettre enfin que les idéologies ne sont pas les garantes absolues des compétences; que les hommes de progrès, défenseurs des valeurs républicaines ne se trouvent pas qu'à gauche comme à droite les conservateurs intéressés par les seuls revenus du capital. Je sais que je force le trait. Mais jusqu'à quel point?
Rédigé par : Tramuge | 23/03/2010 à 16:04