Intoxiqué aux pesticides, un céréalier charentais part en croisade contre Monsanto
"Je ne suis pas José Bové, je ne partage pas toutes ses idées, mais je ne partage pas non plus toutes les idées de la FNSEA", précise-t-il en préambule. La vie de Paul François, 46 ans, qui exploite avec un associé 390 hectares de terres autour de Bernac, dans le nord de la Charente, a basculé le 27 avril 2004. Ce jour-là, en voulant vérifier la cuve d'une machine à pulvériser, il inhale des vapeurs d'un herbicide, le Lasso produit par Monsanto. Après un malaise, une première hospitalisation puis quelques semaines de repos, le céréalier reprend son activité mais reste sujet à des problèmes de bégaiement, de vertiges et d'"absences".
A l'automne suivant, pris de "violents" maux de tête, il est hospitalisé dans différents services, à Poitiers, Angoulême puis Paris, et doit cesser son activité pendant plusieurs mois. Mais ce n'est qu'en mai 2005, plus d'un an après l'accident, que les médecins identifient la cause de ses pertes de connaissance: la présence dans son corps de monochlorobenzène, un solvant entrant dans la composition du Lasso.Traité, il reprend son activité à l'été 2005 mais affirme encore souffrir, six ans après, de "dégâts collatéraux" au niveau du cerveau et des reins. Au combat médical a donc succédé le combat juridique de Paul François pour faire reconnaître sa rechute comme une maladie professionnelle. Il a obtenu en janvier 2010 une décision en ce sens de la cour d'appel de Bordeaux qui a condamné l'assurance accidents des exploitants agricoles à l'indemniser.
Monsanto, fabricant du Lasso, constitue désormais la deuxième étape. Le céréalier estime que le groupe américain connaissait la toxicité de l'herbicide et souligne que ce produit, interdit en France depuis 2007, l'était depuis "le milieu des années 90" aux Etats-Unis et "depuis 1992 en Angleterre". "Ce qui compte, c'est que tout le monde prenne sa part de responsabilités. (...) Nous, agriculteurs, avons participé à cette pollution, c'est clair, mais ce n'est pas nous qui avons fabriqué les produits. Nous avons employé des produits homologués en respectant les doses préconisées", explique-t-il.
L'élu de Bernac, qui reçoit désormais des témoignages de toute la France, évalue à "des centaines" le nombre de victimes des pesticides. Installé à son compte depuis 1987, Paul François a lui-même utilisé les pesticides sans se poser de questions pendant de nombreuses années, voyant progresser la surface de son exploitation, ses rendements et ses revenus. Tout comme son père, un Vendéen venu s'installer en Charente, avant lui.Son regard a évidemment changé et le céréalier s'inscrit désormais dans "une démarche de développement durable". Tout en refusant un passage au "bio": "Si tout le monde passait au bio, on aurait un problème d'approvisionnement en France. Mais si les exploitations baissaient de 30 à 40% l'utilisation de produits phytosanitaires - nous sommes l'exemple vivant que ça fonctionne - ce serait déjà un grand pas."
(AFP)

Je soutiens cet homme dans un combat qui s'annonce difficile, toutefois je ne suis pas d'accord avec son interprétation de l'agriculture biologique, l'organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture a publié un rapport en 2009 qui cite des modèles récents sur l’approvisionnement mondial montrant que l’agriculture biologique peut produire assez par tête d’habitant pour nourrir la population actuelle de la planète.
“Ces modèles suggèrent que l’agriculture biologique a le potentiel de satisfaire la demande alimentaire mondiale, tout comme l’agriculture conventionnelle d’aujourd’hui, mais avec un impact mineur sur l’environnement”, selon la FAO.
Rédigé par : Milu | 23/04/2010 à 21:01
j'ai peur que ce genre d'affaire ne fasse que commencer. Mais si même la "victime" n'est pas prête à arrêter d'utiliser des pesticides, la partie n'est pas jouée. Ce qui est étrange c'est que les agriculteurs "traditionnel" sont les seuls qui parlent de difficultés d'approvisionnement si tous le monde passait au bio. En écoutant les producteurs bio, ils disant non seulement l'inverse mais ils expliquent aussi que leur productivité n'est pas si éloignée.
utiliser le terme d'agriculture "traditionnelle" pour parler de ceux qui utilisent des produits ça me parait un comble d'ailleurs. Traditionnellement et depuis des millénaires l'agriculture était "bio" ce n'est que depuis les années 60 que l'on utilise la phytopharmacie, courte tradition tout de même!
Rédigé par : copalme | 24/04/2010 à 08:55
Il s'est empoisonné, et dans le même temps, il a empoisonné son voisinage.Qu'en pense-t-il ? car les nuages de pesticides ne connaissent pas les limites des propriétés.
Rédigé par : casteran | 24/04/2010 à 11:29
on ne peut se réjouir des graves problèmes de santé qu'a connu ce monsieur. Ce qui est consolant c'est qu'il ait obtenu par jugement, la reconnaissance du caractère professionnel de sa maladie. Ce qui est réjouissant c'est le début de sa prise de conscience sur le caractère léthal des pesticides agricoles. ce qui est par contre navrant c'est qu'il refuse l'agriculture bio et continue (malgré sa cruelle expérience) à propose l'utilisation de ces poisons, en quantité réduite certes mais la caractéristique des molécules de synthèse est que les organismes vivants ne savent pas les décomposer et qu'ils s'accumulent en eux, avec le temps. Donc réduire les quantités est un leurre puisqu'à la longue elles produiront toujours le même effet dévastateur
Rédigé par : FRANCOIS | 26/04/2010 à 18:16
@ MILU :
La FAO n'a jamais prétendu que l'agriculture biologique pouvait nourrir toute la planète.
Il ne s'agit que d'une rumeur : en mai 2007, la FAO a accueilli en son sein une conférence internationale sur l'agriculture biologique, organisée par des groupes écologistes.
A l'issue de cette conférence, une synthèse de ces travaux a été publiée sous l'en-tête de la FAO. L'utilisation de cet en-tête était à la limite de la tromperie, puisque la FAO n'avait pas organisé cette conférence, ni pris à son compte ses conclusions.
Le Directeur général de la FAO, Jacques Diouf avait ensuite publié un démenti, affirmant que :
“Nous devons recourir à l’agriculture biologique et l’encourager”, a déclaré M. Diouf. “Elle produit des aliments sains et nutritifs et représente une source croissante de revenus, pour les pays développés comme pour les pays en développement. Mais il n’est pas possible de nourrir aujourd’hui six milliards de personnes, et neuf milliards en 2050, sans une utilisation judicieuse d’engrais chimiques”.
voir le texte intégral du communiqué ici :
http://www.fao.org/newsroom/fr/news/2007/1000726/index.html
Rédigé par : Black Adder | 27/04/2010 à 14:04
@ Milu et Copalme :
La situation est un peu plus contrastée que ce que vous voulez bien dire.
L'agriculture biologique a souvent des rendements très inférieurs aux rendements de l'agriculture conventionnelle, parfois pour des raisons agronomiques très simples.
Par exemple le blé bio a régulièrement un rendement d'à peine un tiers du rendement d'un blé conventionnel pour une raison toute simple : le blé a un fort besoin d'azote immédiatement assimilable en sortie d'hiver (ce qu'on appelle le stade de la montaison). En agriculture conventionnel, on applique à ce moment un engrais de type ammo-nitrate, qui fournit immédiatement au blé l'azote dont il a besoin.
En agriculture bio, on n'utilise pas d'azote directement assimilable, puisqu'on épand des fumiers ou lisiers, ou l'azote se trouve sous forme organique, non assimilable par la plante. Pour que cet azote devienne assimilable, il faut qu'il se minéralise...Et la dynamique de la minéralisation de l'azote organique est très aléatoire. Elle dépend de la microflore du sol, de la température, de l'humidité, bref, elle est incontrôlable.
Et en général les apports de fumiers faits à l'automne ne permettent d'apporter qu'à peine un tiers de l'azote nécessaire au moment du printemps. Et pas question de tripler les doses de fumier, pour être sûr d'avoir une quantité suffisante d'azote : là, nous aurions une quasi certitude de voir les fumiers lessivés par les pluies hivernales, et donc une pollution des cours d'eau ou des nappes aquifères.
Vous voyez, ce n'est pas si simple que veulent le dire les écolos-bobos, l'agriculture biologique
Rédigé par : Black Adder | 27/04/2010 à 14:15
@ copalme :
"Traditionnellement et depuis des millénaires l'agriculture était "bio" ce n'est que depuis les années 60 que l'on utilise la phytopharmacie, courte tradition tout de même!"
Voyez par exemple cette reproduction d'une carte postale ancienne :
http://tinyurl.com/33zpzja
qu'à vue de nez je daterais des années 1920 ou 1930 :
La légende dit :
"Si vous voulez de beaux fruits, utilisez l'arseniate de plomb MOP"
Faut il vraiment que je détaille la toxicité de l'Arseniate de Plomb ?
Rédigé par : Black Adder | 27/04/2010 à 14:22