Une mamie plumée de ses objets d’art
JUSTICE - Evalués de 1,5 à 4,5 millions d’euros, les biens d’une octogénaire auraient été détournés par une voyante, son amant et deux responsables culturels de la mairie de Bordeaux. Retour sur les dessous de l'affaire Terrasson.
Ce procès va mettre en émoi le milieu culturel de Bordeaux et la bonne société locale. Association de malfaiteurs, abus de faiblesse, vols, abus de confiance et recels aggravés… Ce n’est pas tous les jours qu’on entend ces mots au sujet d’une sale affaire dans laquelle ont été empêtrés les responsables culturels d’une grande ville. Au départ, une banalité sordide. L’histoire d’une vieille dame qui aurait été dépouillée de sa collection d’art. A l’arrivée, un dossier d’instruction terrible, que les juges Sophie Petriat et Jean-Michel Gentil ont communiqué le 28 mai aux parties. Mis en examen, le directeur des affaires culturelles de la ville et l’adjointe d’Alain Juppé à la culture ont tous deux démissionné. «De leur propre chef», précise-t-on à la mairie, en indiquant que Juppé ne leur a pas retiré sa confiance.
Agée de 87 ans, Jeanine Terrasson est connue des amateurs de céramique, sur laquelle elle a écrit des ouvrages de référence. Elle a été pendant vingt ans une habituée des antiquaires parisiens. Elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer, diagnostiquée en 2004. Elle vivait seule, ayant perdu cinq ans plus tôt son compagnon, Fernand Laporte, professeur de médecine, héritier de la fortune bancaire des Pereire. Une voyante a cependant gagné son intimité, Nicole Dumont. Mme Terrasson l’a désignée en 2005 légataire universelle. Prévenante, jugeant peu pratique la maison de son amie, Nicole Dumont lui a trouvé un appartement moins vaste, cours Xavier-Arnozan. Evidemment, il a fallu prendre soin du déménagement… Les meubles ont été un peu éparpillés. Dans l’entourage de la voyante, on trouve un amant banquier, ancien de cabinets ministériels socialistes, rallié à Juppé, François-Xavier Bordeaux. Un énarque, le directeur des affaires culturelles de la ville, Jean-François Lhérété. Une avocate, adjointe du maire à la culture, Martine Moulin-Boudard.
Les choses se sont compliquées quand, alertés de la dégradation de son état de santé, les neveux de Mme Terrasson ont demandé sa mise sous tutelle. En avril 2006, le tuteur a porté plainte pour vols. Entre-temps, l’entourage avait organisé la résistance. Me Moulin-Boudard a obtenu un allégement du régime de la tutelle. François-Xavier Bordeaux a pour sa part lancé une association afin de dénoncer le scandale des tutelles abusives. En janvier 2007, les policiers ont débarqué à l’hôtel de ville pour interpeller le directeur des affaires culturelles. Chez lui, ils ont saisi une commode, une tête de cheval Han, des tableaux et autres petits objets, le tout estimé à 37 000 euros. Deux tableaux ont aussi été accrochés au domicile de l’adjointe au maire. Simple emprunt, s’est-elle défendue…
Un véritable entrepôt a été découvert chez un garde-meubles. En tout, 611 lots avaient été déménagés, selon une liste à laquelle Libération a pu avoir accès : 247 meubles, tableaux et livres, 193 lots de joaillerie, 181 pièces de porcelaine. Un secrétaire de Riesener, ayant appartenu à la richissime collectionneuse américaine Florence Gould, une commode aux pagodes présentée en 2002 à la Biennale des antiquaires, une paire de seaux à bouteilles en porcelaine, réalisée en 1783 pour le marquis de Laborde, des jardinières de la collection Guy de Rothschild, un coffre de mariage Louis XIV, une encoignure de Nicolas Petit, un collier 1925 portant 25 carats de diamants, un camée byzantin du Ve siècle, une édition originale de 1769 de l’Art du menuisier, une valise pleine de bijoux et montres signés Van Cleef, Patek ou Boucheron…
La valeur de la caverne d’Ali Baba est évaluée par l’expert judiciaire Gilles Perrault de 1,5 à 4,5 millions d’euros. Sans compter les ventes de certaines pièces ou l’argent ponctionné des comptes en Suisse, dont 120 000 euros ont été retirés en espèces, et 750 000 transférés sur un compte de Nicole Dumont aux Bahamas. Lhérété, Dumont et Bordeaux ont passé quatre mois en prison. Tous disent avoir voulu protéger la vieille dame, qui «avait toute sa tête», en mettant «en sûreté», avec son assentiment, des biens qu’auraient convoités ses neveux, avec lesquels elle ne s’entendait pas. Et les retraits d’argent permettaient de subvenir à ses besoins. D’où le transfert aux Bahamas et la location du garde-meubles sous un nom d’emprunt… Ou la dispersion des meubles, déposés chez la mère, le père ou le frère Dumont, ou encore une commode d’Oeben, valant 150 000 euros, chez des amis d’amis.
Criant à la machination, la défense joue la montre, en réclamant la nullité de la procédure, parlant d’enquête «partiale», de «témoignage manquant». Toute la panoplie est présentée dans un blog enfiévré par François-Xavier Bordeaux, n’hésitant pas à parler de «nouvelle affaire Outreau». Selon lui, les écoutes sont tronquées et «détachées de leur contexte». Il dénonce une vengeance de la justice, après ses attaques contre la tutelle. Ou alors un complot, né de l’entourage de Sarkozy, pour contrer Juppé.Vice-procureur, Christian de Rocquigny du Fayel écarte l’argument d’un revers de main : «Rien n’est politique dans ce dossier, qui ne revêt une telle importance que par la valeur considérable de la collection et la qualité des personnalités mises en cause.» Alain Juppé n’est pas convaincu, parlant lui-même sur son blog en juin de «manip’ dans une sombre affaire de captation d’héritage dont on attend toujours la manifestation de la vérité». Il doit donc espérer le procès avec impatience. Et ne devrait pas attendre longtemps.
Vincent Noce

Ils ne sont pas déjà assez payés ? Il leur en faut plus, toujours plus ?
Comment ces gens font-ils pour se regarder dans la glace chaque matin ?!
Et comment les électeurs pourront encore voter pour ces malfrats aux prochaines élections ?!
Rédigé par : Céline | 21/07/2010 à 10:31
Culpabilité:c'est ce mot qui m'a fait faire cette nuit un rêve que j'attendais depuis longtemps.
Nous étions 5 étudiant en rupture de banc (d'école)en partance gratos pour la Bretagne car il y avait grève des contrôleurs des trains(1978).
Gare de Tours, c'est le bordel.
Bruno repère une sacoche seule sur une valise. Il me regarde, mais ne semble pas avoir lu dans mes yeux un sentiment de trouille (de la prison)et de désintérêt. Il prend la sacoche, m'entraîne vers la sortie et me la donne. L'horreur... je fais trois pas vers Erik, et la lui donne, comme si elle me brûlait les mains, cette putain de sacoche. Nous partons à grande enjambée, rejoints par les deux autres, Frédéric et Patrice.
La sacoche se révèle être celle d'un bidasse en perm; merde, les mecs, on a volé un prolo... pour se convaincre que c'était pas un prolo de grande classe, on a pris comme sale excuse qu'après tout, il était à l'armée, alors que nous, on voulait pas y aller.
Il y avait 650 balles, dans ce lard-feuille en peau de porc,et ses papiers. Comme on était tous des petits gars bien élevés, on a fait en sorte que le jardinier du square où on a partagé le butin le trouve facilement.
Cette nuit, je rêve que l'on met un porte-feuille volé dans ma poche...à la fois content parce que cela marque une libération
d'énergie psychique à la freudienne qui m'aura fait économiser 1 an de psychanalyse, et parce que cela me renvoie à moi-même ce que je suis au fond: un "voleur"... où plutôt, je prends ce qui n'est pas à moi, ce qui ne m'est pas donné (acte réprouvable légalement, moralement, et spirituellement
-karma-).
Un vol d'un peu plus de 120 balles commis il y a 32 ans (les faits sont prescrits) me pèse toujours sur le haricot... J'étais sur ces pensées et je vois cet article, qui en rajoute à l'affaire Bettencourt....
Merci à toutes ces canailles: quand je vais mourir, mon esprit sera libre comme un oiseau, du coup, libéré de cette putain de gare de Tours.....
Rédigé par : grand pascal petit | 21/07/2010 à 11:07
Juppé qui n'y est pour rien ferait mieux de défendre les intérêts publics en laissant la justice faire son travail.
Quand à ces arnaqueurs qui pillent le patrimoine de cette femme j'espère qu'ils seront condamnés fort justement. On voit trop de captations d'héritages par ce genre de parasite.
Rédigé par : David | 21/07/2010 à 11:28
Dès qu'une personne est atteinte de la maladie d'Alzheimer ou d'une autre forme de sénilité et que la famille proche est inexistante ou habitant au loin, les requins accourent et le carnage commence.
J'ai vécu cela avec ma belle-mère veuve retraitée dans le Midi et j'ai entendu ou lu de nombreux cas similaires même si les objets de valeurs et les sommes d'argent spoliés à des petites gens n'ont pas et de loin les valeurs atteintes dans le cas de Mme Terrasson...
Parfois les montants pourraient être plus importants encore, c'est ce que pense la fille de Mme Bettencourt à propos des "conseillers" et "'amis" de sa vieille mère, véritable poule aux oeufs d'or pour son entourage.
Rédigé par : Roger DL | 21/07/2010 à 11:32
C'est quoi ce titre ? Pas très poli. S'il s'agissait d'un jeune vous auriez écrit un jeunot ? Les journalistes raffolent des catégories (d'âge, sexuelle, sociale, économique, culturelle, politique, etc...)
Rédigé par : herf | 21/07/2010 à 11:44
Pourquoi "mamie" ?
Les personnes âgées ont droit à autant de respect que les autres.
Rédigé par : chab | 21/07/2010 à 12:31
Malheureusement, cet article est un tissu d'erreurs. Il semble être un copié-collé des articles parus en 2007 sur cette affaire, tous directement inspirés par une police judiciaire sous ordres. Voir à ce sujet l'article du Canard Enchaîné de novembre dernier - [ http://www.francoisxavierbordeaux.com/index.php?post/Le-Canard-Encha%C3%AEn%C3%A9-du-11-nov-2009 ].
Je suppose que les prévenus concernés, dont l'innocence apparait de plus en plus probable, attaqueront le journaliste et Libé Bordeaux (en tous cas, ils ont de quoi faire !). Quoiqu'il en soit, le manque de travail, d'investigation, de nuance, de questionnement, et en un mot de déontologie journalistique produisent leur effet : un article pour le moins approximatif, totalement à charge, risible sous certains aspects ("les avocats jouent la montre", alors qu'il a fallu plus de deux ans au palais pour retranscrire des écoutes qui se sont révélé truquées !!! Hallucinant !), qui n'apporte strictement aucune information nouvelle et qui véhicule un populisme où se jettent manifestement à corps perdu tous les internautes qui ont écrit un commentaire avant moi... Dommage, il y avait bien mieux à écrire sur cette affaire.
Rédigé par : Journaliste | 22/07/2010 à 11:06
Libé s'est retrouvé complétement distancé par ses confrères sur l'affaire Bettencourt...Il essaient de se rattraper sur la première affaire d'abus de faiblesse sur personne âgée qui leur passe sous la dent. Malheureusement en passant à côté du sujet...Dommage décidément dommage.
Rédigé par : jean-marie | 22/07/2010 à 12:53
cher "journaliste", vous semblez être frappé du mal qui accable vos collègues à savoir, pour faire court, tendance à se prendre pour les maitres du monde. L'article du Canard Enchaîné de novembre dernier - [ http://www.francoisxavierbordeaux.com/index.php?post/Le-Canard-Encha%C3%AEn%C3%A9-du-11-nov-2009 ] que vous citez n'est pas précisément une opinion différente à prendre en compte puisqu'il s'agit d'un interview d'un des accusés donc totalement sujet à caution.
Rédigé par : terrain hostile | 23/07/2010 à 08:16
"une police judiciaire sous ordres"...
DES FAITS, SVP, "Journaliste". Autrement, fermez-là....Par respect pour les victimes d' "une police judiciaire sous ordres" de sinistre mémoire, déjà, et parce que l'Honneur de la France est d'avoir des polices intègres...ne vous en déplaise.
Jamais, aujourd'hui, en France, vous ne verriez une police judiciaire sous ordre. c'est impensable....N'est pas, cher amis fonctionnaires ????
Rédigé par : petit pascal | 23/07/2010 à 14:57
Cher "Terrain hostile", vous ne semblez informé ni de la ligne éditoriale du Canard, ni de la définition de ce qu'est une interview. Sans doute pensez-vous que l'article du Canard est, comme on dit parfois dans le jargon de la presse, "monosource". Ce n'est pas du tout la cas, pas vraiment le genre de son auteur. En revanche, celui-ci présent semble l'être, et la source n'est guère difficile à identifier. La bonne information prend du temps. On ne peut pas se contenter d'archives de presse, de la lecture rapide d'un blog et d'une discussion avec un procureur sur le départ, surtout sur du fait divers. Le titre lui-même en dit long sur les faiblesses de cette "information" : il ressemble fort à un titre de 20 minutes (pas un modèle en matière d'investigation...) paru en février 2007. Nous sommes juste en juillet 2010. Or cette affaire s'est considérablement complexifiée depuis. Cette semaine encore, de nouvelles informations ont justifié la réouverture de l'instruction. Comprenez que je puisse trouver cet article bien faible, sans avoir d'intérêt dans l'affaire. L'interprétation de Jean-Marie est peut-être juste.
Rédigé par : Journaliste | 23/07/2010 à 18:34
Cette histoire est effrayante, et c' est encore des gens de la même nébuleuse que dans l' affaire Bettencourt Woerth, des
" notables " , nantis n' hésitant pas par cupidité à commetre des vols et porquoi pas pour finir, euthanasier la pauvre femme ??
Rédigé par : alberte | 23/07/2010 à 18:52